Valverde, l'énième retour

 

Onze jours plus tôt, Alejandro Valverde déclarait : «le Tour n'est pas ma course.» Mais c'était bien son étape ce jeudi dans les Pyrénées. Sa victoire signe le nouveau retour de l'Espagnol.


Les stratocumulus qui donnaient aux Pyrénées des allures de Carpates, en totale contradiction avec la chaleur azuréenne de la veille, ont laissé des larmes sur les joues d'Alejandro Valverde. «J'étais comme sur un nuage», raconte le vainqueur de la deuxième étape des Pyrénées - lui qui préfère pourtant les Alpes, où il avait obtenu en 2005 la première de ces quatre victoires d'étape sur le Tour (dont une en 2008 après le déclassement de Riccardo Ricco). Ce n'était pas la première fois que l'Espagnol pleurait. «Quand j'ai gagné ma première victoire cette année au Tour Down Under, je n'avais déjà pas pu retenir mes larmes. C'était un tel contentement, une telle joie», rappelle celui qui pave de sanglots le sentier de son éternel retour.


En fait, Valverde chute à peu près aussi souvent qu'il gagne, ce qui n'est pas une mince performance. En 2009, il remportait la Vuelta, son seul Grand Tour, dont il ne pourra pas défendre le titre pour cause de suspension. Le 31 mai 2010, le TAS le mettait au ban deux ans pour son implication dans l'affaire Puerto, scandale à base de transfusions. On le retrouvera, pimpant et pétaradant, en ce début de saison : deuxième en Australie, troisième de Paris-Nice, vainqueur en Andalousie, plus des succès dans des étapes de prestige. On le voit alors très beau pour le Tour. Mais, c'est laid, il tombe en Catalogne. Depuis, il tardait à être de nouveau performant. Et le Tour ne l'aidait pas. «J'ai eu beaucoup de malchance, regrette-t-il. Je suis tombé trois fois en deux jours, j'ai perdu plus de deux minutes à Metz, j'ai eu une crevaison avant un col...» Terrassé par la fatalité, lâché par un boyau au pied de la Planche des Belles Filles, qui correspondait tant à ses qualités de puncheur, il lâche : «J'ai l'impression que le Tour n'est pas ma course du tout et surtout ce Tour


«Mais il fallait combattre cette malchance et continuer à lutter», a-t-il corrigé ce jeudi. Le combat consistait déjà à prendre la bonne échappée. Pas simple alors que tout le peloton tremble à l'idée que le Tour va refermer fissa ses portes et qu'il ne reste que quelques cases vides au tableau d'honneur. Valverde y parvient dans le Col de Menté et c'est lui qui va négocier avec Nibali pour que l'Italien, trop bien placé au général, décroche pour ne pas mettre pas en péril l'aventure naissante. «C'était impossible avec lui, note-t-il. Sans lui, on a pu continuer mais sans jamais creuser un gros écart car il n'y avait pas beaucoup de collaboration. Certains voulaient en garder sous la pédale. Heureusement, j'avais des coéquipiers avec moi qui ont fait un gros travail.» Ruben Plaza est ainsi venu le tracter quand Gorka Izaguirre et Blel Kadri sont partis alors que l'échappée entamait la montée du Port de Balès.


 

Valverde a profité de cette ascension du dernier col Hors-Catégorie du Tour pour faire la différence. A un peu plus de trois kilomètres, il a lâché ses trois derniers compagnons, Egoi Martinez, Levi Leipheimer et son équipier vainqueur du Tour de Suisse, Rui Costa. Passé avec cinquante secondes d'avance sur le premier nommé au sommet, à 33 km de l'arrivée, il a réussi une belle descente mais a craint de voir le duo volant Froome - Wiggins revenir sur lui avant de profiter de leur mésentente. Il n'y a cru qu'à «700 mètres de la ligne», gardant vingt secondes d'avance à l'arrivée. «Cette victoire efface tout le passé», affirme-t-il,bien que ce succès rappelle à tous les promesses et exploits d'un coureur polyvalent  qui aurait pu avoir une carrière encore plus riche. «C'est très, très spécial car je m'impose comme je le faisait avant, s'étonne-t-il.  J'ai déjà cinq victoires cette saison après deux années sans courir mais à beaucoup m'entraîner. J'aime le cyclisme, c'est lui qui me fait vivre.» Chuter aussi, parfois.


Xavier COLOMBANI à Peyragudes

 

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